A sound like Raga meeting Aretha Franklin. Robert Palmer

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De quoi sont faits les rêves d’une gamine de Bombay ? Asha Puthli vous répondrait sans doute New York et la décadence 70s. Le disco du Studio 54 et le glam rock qui étincelle jusqu’au bout des doigts. Des rêves qu’elle a voulu vrais et qu'elle a tout fait pour réaliser.

Une histoire vieille comme le monde, qui démarre avec pour protagoniste une jeune fille de 13 ans. De concours de chants en cours de danse, la môme travaille sa voix de soprano et sa silhouette gracile. Elle aligne les réussites, et commence déjà à s'y voir. Mais ailleurs. Car voilà, le cœur, lui, est définitivement jazz. Et dans sa chambre d’adolescente, il n’y en a que pour les standards américains, et Elle Fitzgerald.

Car Asha, c’est un peu ça. La fusion de deux cultures, aussi nécessaire l'une que l'autre. Et même si son Inde sera scandalisée lorsqu’elle n’hésitera pas à tourner une scène de nu dans le film Savages, de James Ivory, Asha ne laissera jamais derrière elle ses racines. Mélanger six mille ans de culture indienne à la pure tradition jazz américaine, voilà le pari fou de cette gamine qui s’en est toujours tenu à ce seul crédo. Elle est ainsi faite, et personne ne la changera.

Eduquée dans une école catholique, pratiquant l’hindouisme une fois rentrée à la maison, Asha se sent à son aise entre ces deux mondes. Elle s’entraine à devenir chanteuse d’opéra, y travaille d’arrache-pied…et puis lâche tout, lorsqu’elle réalise que, pour préserver sa voix, elle ne peut s’adonner à d’autres styles musicaux. Le choix ne tarde pas et sera net : “I’m like a wild horse, I decided, I have to give up opera if it’s going to put any kind of restraint on me.”

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Elle décide alors dans se lancer dans un tour des nightclubs de la ville. Bonne pioche. Là-bas, elle se fait repérer par un journaliste du New Yorker, Ved Mehta, qui ne tarde pas à lui consacrer un article, puis une place de choix dans son ouvrage sorti en 1970 Portrait of India.

Elle enchaine avec le tournage du film The Guru, sous la direction de James Ivory et Ismail Marchant à la production, toujours à Bombay, dans la résidence d’une amie : “I was absolutely dying to be discovered. They were filming in the big hall, and I was talking in another room with my girlfriend. When you sing opera, your voice changes, and your laughter changes — I used to laugh like waterfalls. Although I had heard them say, ‘Silence on the set!,’ I gave my operatic laugh. It worked! The door flings open, and there is Mr. Merchant, saying, ‘Who was laughing?’ I did the apologetic thing, although I had done it deliberately, but Mr. Merchant said: ‘No, no, no, we want you. Get into a sari and come into the scene.’ But all they wanted was my laugh.”

Pari réussi.

Elle peut enfin partir à New York. Et les choses se passent vite pour Asha, qui ne tarde pas à apposer sa voix sur deux chansons de l’album Science Fiction, d’Ornette Coleman.

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Malgré des critiques élogieuses, Asha a une nouvelle lubie : se lancer dans un groupe de blues psyché. Mais le projet reste au point mort et les chansons croupissent au fond d’un tiroir. Asha est gourmande et réclame toujours plus d’argent. La Columbia Records ne rajoute aucun billet et lui fait comprendre que la maison de disque se passera dorénavant de ses services.

Puis en 1972 sort le fameux Savages, de Merchant-Ivory. Elle y apparait dévêtue. Le film est interdit en Inde : “I was known as a maverick, it was breaking tradition to be in show business, to show my body onstage, to be half-naked in a movie.”

Mais la carrière aux USA s’annonce moins brillante que prévue : “When Americans talk about fusion, they talk about the American artists who have gone and brought in Indian elements,” she said. “I’m proud of my Indian heritage and I want to build the bridge and let them understand that someone has come here who can sing on a level playing field — even though it wasn’t a level playing field — without compromise. ‘Hey, guys, I’m talented, so what if I come from another part of the world?’ But it was a one-way traffic, and when I was coming this way, the doors were closed.”

C’est en Europe qu’elle signe finalement un contrat avec la CBS Records. Son premier album se situe dans la veine pop mainstream, avec aux manettes le producteur d’Elton John, Del Newman. On y retrouve une cover de George Harrison, I dig love (depuis le début de sa carrière, Asha Puthli reprend de nombreux titres de pop et de rock sixties de la culture anglo saxonne, comme en témoigne le très rare Asha Puthli and the Surfers, un groupe mod de Singapour avec qui elle a enregistré), ainsi que des titres dont elle a écrit les paroles. Elle n’hésite pas non plus à soigner son image, puisqu’elle recrute comme maquilleur Pierre LaRoche, connu pour avoir comme clients Freddy Mercury et David Bowie (le fameux éclair sur son visage pour Aladdin Sane, c'est LaRoche). Son deuxième disque ne s’éloigne pas du premier mais avec The Devil is loose, Asha ouvre la porte au disco et pose les jalons de l’electro et de la house.

Ironie de l'histoire, ses chansons servent aujourd'hui pour des artistes de hip hop tels que Jay-Z, tandis que les djs new yorkais s'arrachent ses chansons dès les 90s.

Elle a fini par l'avoir, son Amérique.